BAZAR D’histoires..

17 janvier 2009

Dans les étoiles,,, (thème des impromptus littéraires)

Publié par ederlezi7 dans Non classé

L’année de mes sept ans, j’avais raconté dans une rédaction que je voulais être « marchand d’étoiles ». Un métier qui n’existait pas encore mais que je me proposais d’inventer « pour le monde entier, » disais-je, « mais surtout pour ma maman, qui les contemple souvent. Elle les regarde tristement, comme si elle se sentait trop loin d’elles. Bientôt, je redonnerai le sourire à ma maman ».

Abonné aux mauvaises notes, la honte m’avait fait découvrir que l’encre rouge de la maîtresse pouvait colorer mes joues aussi bien que le papier. Ca se passait toujours de la même manière. La honte déferlait sur moi comme une vague brûlante et tel un volcan en éruption, je tentais tant bien que mal de retenir les larmes qui se penchaient au bord de mes yeux.

Ce jour là cependant, les lettres rouges de la maîtresse me montèrent aux joues aussi doucement qu’une caresse :

« Voici un bien joli métier! Le monde aura toujours besoin de tes étoiles pour soulager ses peines… » Elle avait ajouté en plus petit, comme une confidence soufflée à l’oreille : « le petit prince serait fier de toi »

Cette allusion à mon héros préféré m’avait transporté de joie. En guise de remerciement – et peut-être aussi pour la charmer tout à fait – je décidai d’aller trouver la maîtresse pour lui révéler l’ultime secret de mes grandes ambitions :

« C’est grâce à ma sœur Jeanne. Elle va devenir la plus grande cosmonaute du monde. C’est elle qui me ramènera les étoiles. On a conclu un accord, elle n’en donnera qu’à moi parce qu’il ne faut pas beaucoup d’étoiles pour illuminer le monde : une étoile peut illuminer jusqu‘à 3 régions environ, à condition de l’accrocher très haut, sur un clocher par exemple. Et donc, pour ne pas gaspiller les étoiles, il n’y aura qu’un marchand d’étoiles. Et ce sera moi »

Après quoi j’ajoutai d’un ton plus bas, le plus solennellement possible :

« Ne le dites à personne, mais ma sœur a un don, c’est la seule personne du monde qui peut décrocher une étoile sans l’éteindre »

La vie scintilla ce jour-là et elle continua de scintiller tant qu’il y eut dans le ciel des étoiles et dans ma tête l’espoir de les toucher un jour. Un espoir qui mourut malheureusement bien vite, très exactement cinq lunes après que la bannière allemande eut commencé à assombrir le ciel parisien.Ce soir là, je revenais de l’école d’un bon pas, ainsi que m‘y obligeait ma mère, une femme merveilleusement douce qui avait peur de tout : de la guerre, de la maladie, de la mort, de l’ennui et surtout de me perdre. Je me trouvais à quelques pas du soulagement maternel lorsque je surpris un officier en train de brandir une étoile. Pas une du ciel, non, une « horrible étoile jaune », comme disait mon père.

L’homme-uniforme secouait très fort une toute petite dame, en vociférant dans un drôle de français la plus ridicule accusation qu’il m’eut été donné d’entendre :

« Vous ne portez pas l’étoile! Il faut porter l’étoile! »

Plus sûrement que la brutalité du soldat, plus sûrement que la peine que m’inspirait le sort de cette pauvre femme, ce fût mon amour des étoiles qui me poussa à la faute et fit voler en éclats toute ma peur du képi allemand :

« Elle a raison! Cette « étoile » est une très mauvaise imitation des vraies! D’ailleurs les étoiles ne sont pas jaunes, elles n’ont pas de couleur! Elles brillent, c’est tout. La vôtre, on croirait qu’elle capture la lumière au lieu de la répandre. Votre étoile fait peur alors que les étoiles ne sont pas faites pour faire peur. Moi je veux être marchand d’étoiles et ce n’est pas pour voler la lumière dans les yeux des gens. Ce n’est pas pour les obliger à se cacher dans des greniers! »

Dès que j’eus prononcé ces paroles, une vague de honte me gagna tout entier. J’étais rouge et brûlant de la tête aux pieds. Je risquai malgré tout une œillade sur les joues de mon adversaire. Pas de rouge-colère, pas de rouge-rage, pas de rouge du tout. L’officier était aussi blanc qu’avant et il me pria, dans un français toujours aussi étrange mais beaucoup plus doucement, de m’en retourner chez mes parents : 

« Ils t’attendent sûrement, mon petit ».

Amateur de contes, je savais que les loups les plus dangereux ne sont pas ceux qui grognent, mais ceux qui sourient. A l’époque, je m’étonnais d’ailleurs de voir autant de soi-disant « héros » tomber dans le piège. Comment diable le petit chaperon rouge a-t-il pu croire que le loup était inoffensif? Je compris bientôt qu’en écrivant cette sombre histoire, la vie m’avait donné la réponse : il suffit de goûter dans l’ordre la peur d’être dévoré puis l’espoir d’y échapper, pour avaler des mensonges gros comme la lune.

Quant à la preuve que le loup était bien un véritable le loup, elle me parvint le lendemain. La rafle a tué mon père ainsi que les sept personnes qu’il cachait dans le grenier.

De ce drame, j’ai retenu deux choses importantes. D’abord, que ma sœur Jeanne ne me ramènerait jamais d’étoiles. Pas pour me punir d’avoir tué notre père, mais parce qu’avec un chagrin aussi lourd à porter, il était évident qu’elle ne pourrait jamais s’envoler dans l’espace. La deuxième, c’est que je ne devais plus jamais parler : ma bêtise était trop dangereuse.

Pendant longtemps, L’adulte que je devins ne changea pas d’avis. Ombre parmi les ombres, j’avais renoncé à mes rêves d’enfants dans l’espoir vain que cela suffirait à expier ma faute. Mais en me refusant aux étoiles, j’avais sous estimé le lien mystérieux qui nous unissait depuis toujours. Le ciel m’envoya la plus belle de toutes un soir de décembre. Elle avait des yeux noirs, profonds comme l’infini. Aussi gracieuse et légère qu’un papillon, elle s’était posée sur mon cœur silencieux. Elle s’appelait Rose, elle était danseuse étoile..

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