BAZAR D’histoires..

  • Accueil
  • > Archives pour décembre 2008
21 décembre 2008

Embauche

Publié par ederlezi7 dans Non classé

- Monsieur Noel je suppose ??

- Monsieur… le directeur ?

Il avait été sur le point de s’arrêter à « monsieur », jugeant que c’était bien suffisant pour l’hurluberlu qui se tenait devant lui. Par miracle, il s’était promptement rattrapé quand l’improbable lui était apparu : planté sur une écharpe bariolée, un badge rectangulaire, classique, sans aucune fioriture, sur lequel on pouvait lire :  J-E Hubert, Directeur général.

Voilà. Il ne s’est pas démonté. Il a bel et bien réussi à prononcer un « Monsieur » et à bafouiller un « le directeur », à cet homme coiffé d’une perruque rose, perché sur des souliers à talons, à cet étrange personnage qui lui susurre à présent d’une voix obséquieuse :

- Bienvenuuuue monsieur Noel ! C’est pour l’entretien n’est-ce pââs ? Parfait parfait parfait… je suis sûûûr que nous allons bien nous amuser …

Au milieu des moquettes grises et des murs beiges, sous les néons parfaitement droits et froids du couloir, cet homme semble à peu près aussi inadéquat qu’un chandelier louis XIV sur une commode IKEA. Mais burlesque ou pas, cet homme a un badge, autrement dit le pouvoir de lui donner un job, dit encore autrement, le pouvoir de remettre à sa place le crétin de banquier qui lui a refusé un prêt.

Ne pas se démonter.

« S’amuser » il a dit. Côté divertissement, ça commence plutôt pas mal, avec le déguisement. A quoi doit-il s’attendre maintenant? Lui faudra-t-il à son tour se rendre amusant? Que devra-t-il faire pour séduire cet homme? Danser la carmagnole à cloche pied sur le bureau? …..

- Hé oh, monsieur Noel??? Le gredin, il a déjà perdu le fil… Oui, je vous disais donc… savez-vous danser la carmagnole?

C’est pas vrai. Non, dîtes moi que je rêve.

Pas de chaise. Pas de bureau. Une salle vide. Au milieu, rien d’autre qu’Hubert qui se trémousse, qui sourit niaisement, en prononçant l’incroyable question.

Ne pas se démonter. Jouer franc-jeu.

- Non. Monsieur , non je ne sais pas danser la …carmagnole. En fait, je..je pensais que nous allions….

- …faire l’inventaire de toutes vos compétences, réelles et imaginaires? Jouer la scène du courageux lèche-bottes se lançant à l’assaut de l’inaccessible patron? Réjouissez-vous très cher, je vous ferai grâce de ces pitreries d’intellectuels rabougris! Les boniments d’usage, les conventions oratoires, tout ça c’est d’un autre âge!

Alors dites moi, la salsa peut-être? La tectonique? Allons mon cher, lancez-vous… dansez votre vie! Voilà, c’est ça, Dansez votre vie

Je n’y crois pas. Je vais me réveiller. C’est un rêve. C’est…

- …un rituel de passage voyez-vous, pas une blague comme vous semblez le penser. Voyez là-bas, cette jeune femme.

Au bout d’un doigt boudiné tapotant la vitre, il la voit.

- C’est Rose. Elle est assistante de marketing. Une vraie lionne, elle ne rate jamais un contrat. Eh bien Rose s’est présentée en janvier avec un CV intéressant, mais si elle est ici, c’est uniquement parce qu’elle a su se distinguer des autres. Son potentiel s’est révélé lors d’une somptueuse interprétation de la danse des canards! Comprenez-moi… dans un monde saturé de CV intéressants, c’est l’audace qui fait la différence…

Il l’examine de nouveau dans l’interstice des stores, cette femme qui a décroché le gros lot en faisant « coin coin » Il est soulagé de constater qu’elle semble s’en être sortie sans séquelles…

Elle est même plutôt jolie….

Couic. Les stores se ferment.

C’est mon tour. Rose ne me verra pas, les stores sont fermés. Ne pas se démonter. Y a un job à la clé. La déconfiture de l’arrogant banquier. Je ne sais pas danser. Ne pas se démonter. Ne pas se démonter! Rose à la clé! C’est parti!

Visage fermé, biceps tendus, il ouvre la danse dans un grognement de lion. Et PAM! ET PAM! Changement de côté, et Pam! et Pam!Hubert ne rit plus, il est terrifié. Il voudrait s’échapper mais il est coincé. Recroquevillé, dans ses petits souliers, il tente de se rattraper :

- Arrêtez.. Arrêtez… je vais vous expliquer….

Mais l’autre s’agite d’autant plus. Maintenant qu’il a commencé, il ne se laissera pas intimider.

Il faut en rajouter. Un poste à la clé. T’en veux de l’audace, Hub?

Et pam ! Et Vlam! Et PAM PAM PAM!

- HUBERT!! ! Mais enfin, qu’est-ce que cela signifie?! !!

-MONSIEUR LE DIRECTEUR! Je lui ai dit… que vous étiez en retard…. Qu’il devait patienter… je ne comprends pas pourquoi il s’est agité… Décidément…

- Oui, décidément. Très bien Hubert, dans ces conditions… vous semblez être, à mon grand regret, le seul candidat pour ce poste. Vous l’avez, votre promotion, Hubert. A présent, je vous prie de raccompagner ce…monsieur.

- QUOI???? Espèce de crétin à plumes!!! Immonde imposteur!!! Connard!

- Je crains qu’il ne me faille appeler la sécurité monsieur le directeur, danser la HACKA ne relève pas à proprement parler d’un comportement dangereux, mais puisqu’il commence à m’injurier…

- Eh bien faîtes, Hubert, faites. Mais de grâce, ôtez cet accoutrement, il n’y aura pas d’autre soirée costumée, je vous l’ai dit. L’essai d’hier fût un désastre.

21 décembre 2008

JE SAIS TOUT

Publié par ederlezi7 dans Non classé

« Je sais tout  »

Pas de nom, pas de numéro. C’est possible ça?

« Je sais tout »  

Ben tiens!! Et moi je peux me transformer en cuvette de chiote dans la seconde si ça me chante. Tu sais tout, hein? Ben moi, je peux tout! Par exemple, là tout de suite, je peux me rendormir sans problème, sans accorder une seule petite pensée au pauvre type rongé d’ennui qui veut m’empêcher de dormir. Je peux afficher une indifférence parfaite. La simplicité est une arme redoutable pour les tordus de ton espèce. Je peux dormir. Epatant, non? Allez, bon vent connard! Bien essayé…

…..

…..

Je peux dormir

….

Je peux dormir, pauvre con!

….

Et puis c’est quoi ce message qui se la joue flippant, genre « je te vois, je t’observe, JE TE TIENS. »

Affligeant.

Ridicule.

- Kesquiya? Qu’esta à bouger comme ça? 

- Pardon ma puce, j’ai du mal à dormir c’est tout. J’vais aller fumer une clope, t’occupe, dors. 

- mmmm 

Et hop! elle dort.

Elle sait se rendormir tout de suite ma femme. Elle a toujours su faire ça. Elle doit dormir, elle dort. Elle doit se réveiller, elle se réveille. C’est tout. Ma femme, c’est ça. La capacité de faire un tas de trucs avec une facilité déconcertante.

Par exemple, Elle sait chanter. Je veux dire, elle, quand elle chante, les enfants s’arrêtent de parler, ils l’écoutent religieusement, et sur leur frimousse d’anges happés par la grâce, on voit se dessiner le sourire béat de celui qui a vu la vierge. Je ne peux que m’incliner et admirer. 

Moi quand je chante, les enfants font un maximum de bruit pour couvrir le son de ma voix.

Moi, j’ai pas appris à chanter. Je chante pas, j’écoute. J’écoute Bach qui lui non plus ne chante pas. D’ailleurs Bach, c’est la preuve qu’on peut émouvoir sans chanter.

Emouvoir. Ca aussi elle sait faire ma femme. Elle peut transformer un flic aigri en bisounours, comme ça, d’un sourire, d’une mimique, d’un simple regard. Et quand elle veut, elle peut faire peur. Pareil, juste avec ses yeux. Ce qui me rappelle que moi, pour éloigner le chat qui étripait la poubelle ce matin, j’ai du crier, taper du pied… pour finalement abandonner toute négociation, trancher une bonne fois pour toutes et descendre cette foutue poubelle. Parce que moi, je fais pas peur, même pas à ce con de chat.

Heureusement que j’ai ma femme. Elle, elle sait tout.

Elle sait tout.

ELLE SAIT TOUT!!!

- mmm….. QUOI? …. Aie!! pourquoi tu me pinces? 

- Pourquoi t’as fait ça?? 

- Quoi? Mais qu’est-ce que j’ai fait?

- Ce message, pourquoi t’avais besoin de m’envoyer un message comme ça?? Tu crois que je me sens pas assez minable comme ça, hein? Il faut que t’en rajoutes c‘est ça? 

- Quoi? Mais tu délires, qu’est-ce qui te prend à la fin?!! 

- Le message. «  je sais tout ». Quand t’es allée aux toilettes tout à l’heure, t’as envoyé un message, non?

- Fred, à ce moment là, la seule chose que j’aie envoyé, c’est ma pisse dans les égouts, c’est assez clair comme ça? Mais vas-y explique, je suis curieuse de savoir ce qui t’oblige à me persécuter à une heure du matin! 

- Menteuse 

- Fred, pour la dernière fois, arrête ça 

- Tu es vicieuse, tordue… je l’ai toujours su.. Eh! où tu vas? 

Claquement de porte, sec et sans appel. Le téléphone s’allume. Cette fois, il m’achève :

« Je te quitte. »

21 décembre 2008

…JOACHIM ANDERSEN EST MORT…

Publié par ederlezi7 dans Non classé

« Ce matin, Joachim Andersen est mort… trente-trois ans.ne laisse derrière lui ni femme, ni enfant »

Avant qu’on entende ça, je peux vous dire que cétait un matin ordinaire.

Je venais de payer la tournée. La dernière avant midi, c’est celle du patron, c’est comme ça depuis des années. Y avait le facteur avec sa foutue besace remplie de factures et tous les copains, Tom, Ed, Andrew, Joe et bien sûr, dans son coin, « Le quotidien » qui grognait les nouvelles du jour de sa veille voix caverneuse, ce quil fait immanquablement entre 10h et 12h, ne s’arrêtant qu’au dernier mot de la dernière page. Doù son surnom, « le quotidien ».

Pour vous dire la vérité, le quotidien on laime bien mais on lécoute pas beaucoup. Juste un peu par bribes : un bout par ci, un morceau par là, quand cest audible du reste. Je reconnais que son baratin, ça nous empêche pas de parler dans notre coin, sauf qu’il sen fout bien, il sarrête pas non plus de lire pour nous écouter…  Alors allez savoir pourquoi ce matin, alors quavec les copains on se marrait bien, quon avait strictement rien entendu des cours de la bourse, de Barack Obama, des vivants en grève ou des morts à Gaza, on sest arrêtés juste quand il a dit ça :

« Ce matin, Joachim Andersen est mort ».

 Depuis, je me dis qu’il aurait suffi dun éclat de rire de plus, dune seule exclamation de lun ou de lautre pour passer à côté. A croire que le silence avait choisi de tomber juste à ce moment là…

Cest vrai quil men avait parlé un jour, le vieux Tom. Il mavait dit quil avait un fils et quil ne lavait pas revu, apparemment depuis un bail. Moi qui suis pas très doué pour parler avec finesse de ce qui est sérieux ou de ce qui fait mal, je lai pas vraiment poussé à développer à ce moment là… je me suis lâchement contenté de faire ce quun patron de bar sait faire : lui servir de quoi noyer son chagrin.

Et j’ai continué, tous les jours, des années, des tournées, et des tournées..

Résultat, aujourdhui, je suis incapable de vous raconter ce qui sest passé entre le père et le fils, au temps où le vieux Tom ne hantait pas encore mon bar. De même que je suis incapable de vous expliquer pourquoi il avait son arme ce matin, vu quil avait décidé de plus jamais sen servir le jour où il avait vu ses mains trembler…   Je men souviens très bien : « Suis pas cinglé » il avait dit, « jai pas envie de buter le premier qui passe, je suis trop vieux pour ces trucs là ».

Je crois que enfin …peut-être il allait la vendre. Il en avait parlé une fois…

Mais passer l’arme à gauche, je pensais pas que c’était dans ses projets

"A chacun son chat" |
ANTES QUE LAS PALABRAS SEAN... |
Amelie Lallement |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | le club lecture
| Asenflul d uswingem
| princessefaroseskyblog